Education
Quel rapport entre le projet Fillon et l’Europe ?
Quelle Ecole pour quelle Société ? Du rapport Thélot au projet de loi Fillon , bien qu'habilement masquée, l'ambition libérale reste déterminée. La droite et le gouvernement imposent à marche forcée leur modèle de société. Leurs objectifs sont cohérents et construits, ils sont déterminés à imposer des régressions historiques au Service Public d’Education dans le cadre d’ une profonde mutation de la société vers le libéralisme.
Et l’Europe n’y est pas pour rien. Démonstration.
L'harmonisation européenne
C’est la première fois qu’une loi s’inscrit aussi explicitement dans le cadre européen. A la veille de la ratification du traité constitutionnel, au moment du débat suscité par la directive Bolkestein sur les Services, ce n’est bien sûr pas un hasard. La loi Fillon se présente comme une application dans l’espace national d’une « Europe de l’éducation et de la formation » : une série d’objectifs assignés au système éducatif par la loi sont justifiés en référence aux sommets européens, notamment le «processus de Lisbonne » de mars 2000 d’ « unification » des systèmes éducatifs européens, dans une logique exacerbée de compétitivité et de concurrence internationales.
Développer l'économie de la connaissance
" Devenir l'économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde, capable d'une croissance économique durable... "
(Conseil européen de Lisbonne. Les objectifs concrets futurs des systèmes d'éducation, 31 /01/2001, les citations sont extraites de cet ouvrage)
Le Conseil désigne, parmi les treize objectifs :
* développer l'accès aux technologies de l'information et de la communication ;
* renforcer les liens avec le monde du travail, la recherche et la société ;
* développer l'esprit d'entreprise... .
Ainsi que le remarquait l'ERT (European Round Table, réunissant les grands industriels d'Europe), le secteur de l'éducation constitue en effet un énorme marché potentiel à deux titres : d'une part, parce que les entreprises ont besoin de travailleurs formés de manière à répondre à leurs exigences ; d'autre part, parce qu'en lui-même, il offre des possibilités de profit inespérées en tant que secteur économique : " L'usage approprié des TIC dans le processus éducatif va imposer d'importants investissements en termes financiers et humains. Ils généreront des bénéfices à la mesure des enjeux (...)”
Dans le projet Fillon, cela se traduit par un projet de système scolaire «dual» avec la perspective de hauts niveaux de qualification pour certains et un taux d’échec scolaire assumé pour les futurs «bas niveaux de qualification», par la personnalisation des parcours scolaires, la diversification de voies de formation, la contractualisation généralisée depuis l’élève (contrat de réussite) jusqu’au ministère en passant par les établissements (contrat d’objectif), la flexibilité horaire, la polyvalence et la précarisation des personnels.
La soumission aux impératifs économiques
La réduction des coûts
40% de postes aux concours de recrutements en moins, un non-renouvellement significatif des départs en retraite, suppression des surveillants, disparition des emplois jeunes, il va manquer à court terme des dizaines de milliers de personnels en face d‘élèves qui sont de plus en plus fragilisés par la crise sociale.
Aves la remise en cause des statuts et des services des personnels (à travers le remplacement et la polyvalence des enseignants du second degré, par exemple), la marginalisation de certaines disciplines (EPS, disciplines artistiques notamment), la suppression des TPE en terminale... et les suppressions de postes en carte scolaire, le tableau est éloquent : un service public réduit au minimum, laissant le champ libre au développement d’entreprises «de services » concurrentes (et on reparle de la directive Bolkestein)
La mobilité professionnelle
Si l'Ecole doit changer, c'est sous la pression de la nouvelle donne du marché de l'emploi : "Dans un contexte de mobilité professionnelle de plus en plus généralisée, l'Ecole doit se concevoir comme une première étape, essentielle, dans le processus de formation tout au long de la vie " (p. 23), car il faut désormais être capable de s'adapter en permanence, au niveau des organisations comme des employés.
Compétences
ou connaissances ?
Argumentant sur l'évolution de plus en plus rapide des savoirs et des technologies, l'Ecole ne doit plus seulement "dispenser des connaissances", elle doit surtout "mettre l'accent sur les savoir-faire et les savoir-être qui donnent à chacun la capacité à faire face aux situations nouvelles " (p. 23-24). Autrement dit, la créativité se déclinera désormais en " adaptabilité " sans trop développer la pensée divergente et la formation devra être moins conceptuelle et critique que viser “l' employabilité”, jugée sur une base opératoire [savoir-faire] et comportementale [savoir-être] bien mieux adaptée aux besoins de l'entreprise moderne.
et les élèves
dans tout ça ?
Moins de droit à scolarisation, moins de droit à qualification, c’est que ce que traduisent le refus de prolonger la scolarité obligatoire au delà de 16 ans, de prendre en compte la maternelle.
Fillon annonce 100 % d’élèves «ayant acquis un diplôme ou une qualification reconnue » : mais pour des élèves en difficulté, le brevet, diplôme de niveau VI désormais inscrit dans la loi, risque de constituer le seul horizon.
Un droit minimal à un "socle commun" de «compétences et connaissances indispensables », est une vision extrêmement réductrice de la construction des humains, de l’accès aux savoirs et à la culture. Conjugué aux réductions budgétaires drastiques, il y a grand risque de voir arts plastiques, musique ou EPS, déjà fragilisés, disparaître à terme des droits de tous et devenir accessibles seulement en dehors du système.
Espaces lucratifs en perspective…
JCC
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appel200
Last modified 2005-03-08 08:23 PM
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